Évaluer et comprendre la qualité des pâturages

par SHANE BAILEY / vendredi, 31 juillet 2015 / Publié dans je-pature.com

Évaluer et comprendre la qualité des pâturages

Une prairie de qualité pour de meilleures performances animales


Faire de la performance animale en pâturage que l’on fasse du TechnoGrazing, Pâturage Tournant Dynamique, Pâturage Tournant, Pâturage rationnel, Pâturage de précision ou tout autre nom pouvant définir la gestion des pâturages, implique  que l’on sache évaluer la qualité d’une prairie.

Les performances animales sont dictées par la génétique des animaux, leur état de santé et  leur alimentation. Quel que soit le type d’alimentation, son efficacité dépend de deux éléments : sa qualité, et la quantité ingérée. Les éleveurs herbagers portent un intérêt grandissant à la qualité des prairies. Sa gestion est maintenant probablement la meilleure opportunité qui se présente pour améliorer leur performance économique. Dans ce contexte, la qualité des prairies devient un nouvel élément pour améliorer le potentiel de production. Il est donc indispensable de connaître les éléments qui déterminent une prairie de qualité et ce qui l’influence, pour savoir comment faire évoluer ses prairies.


 La valeur nutritive, l’élément essentiel de la qualité d’une prairie

La prise alimentaire est liée à la valeur nutritive de la prairie

La quantité ingérée par les ruminants dépend de ce qui est disponible au pâturage (hauteur du couvert à l’entrée des animaux dans la parcelle) mais également de la qualité de la prairie. En effet, comme une prairie ayant une faible valeur nutritive est digérée lentement, le temps de séjour dans le système digestif des ruminants est augmenté. En conséquence, il leur est physiquement impossible d’ingérer une quantité de fourrage supplémentaire. En revanche, une prairie avec une bonne digestibilité permet aux animaux d’en ingérer une grande quantité, et donc d’augmenter la quantité totale d’énergie qu’ils assimilent. Cela est d’autant plus vrai si la prairie a une haute quantité d’énergie métabolisable par unité de matière sèche. Il faut donc veiller à conserver une bonne valeur nutritive de la prairie pour permettre une grande prise alimentaire. Cette note technique a pour objectif de définir les éléments qui définissent la qualité d’une prairie pour les ruminants.

 Prise alimentaire ALICE POILANE

Figure: La prise alimentaire des ruminants sur une prairie de qualité est augmentée (photo Alice Poilane)

Évaluer la qualité de la prairie

Il existe plusieurs manières d’évaluer la qualité d’une prairie, d’un point de vue pratique sur une exploitation, il faut utiliser une méthodologie simple, efficace et pratique afin de pouvoir attribuer des zones à différentes classes de cheptel en fonction de leur besoin alimentaire. De nombreux facteurs influencent la valeur nutritive d’une prairie, dans un sens comme dans l’autre. D’une manière générale, ces variations sont réversibles, ce qui donne l’opportunité d’améliorer la qualité d’une prairie. Les facteurs de variation sur lesquels il est possible d’agir sont la composition de la prairie, et sa morphologie.

Composition de la prairie :

L’un des indicateurs les plus importants est la composition de la prairie. Ce qui est important d’un point de vue pratique est la proportion de légumineuse présente dans la parcelle de pâturage. Les légumineuses ont généralement une digestibilité plus élevée que les graminées au même stade de maturité, de plus, les bovins et les ovins ont tendance à consommer une plus grande quantité de légumineuse que de graminée lorsque la digestibilité est la même.  La valeur nutritive des légumineuses et des herbes est généralement supérieure aux graminées surtout lors de la période estivale. Pour améliorer la valeur nutritive il est recommandé de maximiser la présence des légumineuses et d’espèces particulières telles que la chicorée et le plantain. En effet, ces espèces présentent une digestibilité élevée et leur valeur nutritive permet d’atteindre des performances animales remarquables. Toutefois, il est important de travailler avec des plantes qui se consomment au même stade, autrement certaines plantes disparaîtront très rapidement de la prairie.  Pour atteindre des performances animales élevées, la prairie doit être composée d’un minimum de 30% de légumineuses.

 Prairie de qualité VALENTIN MANSION

Figure : Une prairie de qualité avec des légumineuses et des espèces particulières (photo Valentin Mansion)

Les tannins condensés augmentent la quantité de protéines végétales dans l’intestin

Les tannins condensés présents dans certaines plantes modifient favorablement le processus de digestion des protéines. Ce sont des molécules présentes dans certaines légumineuses comme le sulla, le lotier pédonculé, le lotier corniculé, le sainfoin et dans une moindre mesure dans le plantain. Ils sont non essentiels pour le fonctionnement des plantes mais leur confèrent une protection contre les prédateurs. Leur intérêt en nutrition animale est lié à la digestion des protéines. Généralement, les protéines végétales sont digérées et valorisées pour une partie dans le rumen par les micro-organismes, tandis que l’autre partie est digérée dans l’intestin et valorisée directement par les ruminants (les PDIA du système PDI). Sous l’effet des tannins condensés les protéines végétales précipitent, ce qui réduit leur dégradation par les micro-organismes dans le rumen. En conséquence, une quantité plus importante de protéines végétales transitent directement vers le petit intestin. Cette protection des protéines végétales face à l’activité microbienne engendre une amélioration de la qualité des protéines fournies aux ruminants, car les protéines microbiennes sont déficitaires en certains acides aminés nécessaires à la production animale. Les tannins condensés pourraient améliorer l’accessibilité à ces acides aminés et donc rendraient possibles de hautes performances animales.

Une prairie riche en minéraux limite les carences des ruminants

Les ruminants ont besoin de quantités non négligeables de minéraux, qui sont indispensables à leur métabolisme. En cas de carences en minéraux, les conséquences peuvent être importantes (une carence en phosphore, magnésium ou soufre entraîne une chute de la croissance, une carence en calcium engendre des fièvres de lait, etc.). Leur disponibilité dépend de la quantité présente dans les végétaux, de l’ingestion de ces végétaux par les ruminants et de l’efficacité d’absorption de ces minéraux lors de la digestion. Si les minéraux nécessaires aux ruminants sont présents en plus grande quantité dans les prairies, les risques de carences sont réduits. Le plantain est par exemple une espèce particulièrement riche en sélénium et cuivre. Il peut donc être intéressant de l’incorporer dans les couverts pour que les ruminants bénéficient de sa richesse en minéraux. De manière générale, si une carence n’est pas connue, il est quasiment impossible d’avoir des carences sur les animaux lorsque l’on pâture le modèle herbager est respecté.

La matière morte :

Matière orteLa matière morte a une faible valeur nutritive, souvent inférieure à 8 MJEM / kgMS. Alors que la matière végétale meurt, la part d’éléments solubles diminue ne laissant que les parois cellulaires de la plante. Les températures élevées peuvent accélérer la dégradation de la prairie, ceci est d’autant plus vrai pour les graminées qui vont entrer en dormance plus rapidement lors de conditions défavorables. La quantité de matière morte est un indicateur crucial dont il faut tenir compte. La quantité de matière morte à un impact très important sur la valeur nutritive de la prairie.

Le stade physiologique de la plante :

La dormance :

La dormance est une période dans le cycle de vie d’un organisme lorsque la croissance, le développement et l’activité métabolique sont temporairement arrêtés.La dormance est un stade d’économie d’énergie et est étroitement associée aux conditions environnementales. Les plantes peuvent synchroniser leur entrée dans une phase de dormance avec leur environnement par des moyens prédictifs ou conséquentielle .

La dormance prédictive est un mécanisme de stockage de l’énergie, et se produit avant l’apparition de conditions défavorables, par exemple la photopériode et les températures sont utilisées par de nombreuses plantes pour prédire l’arrivée de l’hiver ou de l’été.

Dormance totale des pâturagesLa dormance conséquentielle se produit lorsque les plantes entrent dans une phase de dormance après des conditions défavorables. Celle-ci se produit généralement lors de variations climatiques soudaines

Tenir compte du pourcentage de dormance des plantes est important car la valeur nutritive et la croissance réduisent progressivement. Lorsque les températures augmentent les plantes sont plus riches en éléments pariétaux (comme la lignine), et la proportion de tiges par rapport aux feuilles augmente. La lignification des plantes peut être utilisée pour évaluer le pourcentage de dormance. Un autre indicateur qui semble plus simple est davantage la vitesse de pousse des pâturages. Plus les plantes poussent vite, plus la valeur nutritive est élevée (mars, avril, mai, juin).

Le stade de croissance :

Nous avons déjà à plusieurs reprises expliqué les différents stades de croissance des plantes, ce qu’il faut prendre en compte ici est la relation entre le stade de croissance et la digestibilité du fourrage. De manière synthétique : La nutrition des ruminants dépend de la quantité d’aliments ingérée, c’est-à-dire la prise alimentaire, ainsi que de sa qualité, qui dépend de la valeur nutritive des plantes et de leur facilité à être digérées. Quand ils pâturent une prairie de qualité, la quantité qu’ils peuvent ingérer ainsi que la fraction effectivement digérée est supérieure par rapport à ce qui est possible lors du pâturage d’une prairie de qualité moyenne. La digestibilité des plantes, leur morphologie, et la quantité d’énergie métabolisable qu’elles contiennent sont les facteurs principaux de la valeur nutritive d’une prairie.

 Les stades physiologiques de croissance

La digestibilité des prairies est habituellement comprise entre 55 et 85 % de la quantité ingérée. Plus la digestibilité est grande, plus ce que l’animal a ingéré est bien valorisé. Une faible digestibilité implique par contre que l’aliment est long à digérer, et peu digéré : une part importante n’est pas assimilée.

La morphologie des plantes complémente la notion de digestibilité et de qualité, nous ne pouvons pas uniquement prendre en compte la digestibilité car autrement le surpâturage serait à prôner. La digestibilité d’une plante est maximale au début de sa croissance pour autant le ratio sucre / protéine est loin de l’être, les plantes doivent être consommées pendant la phase 2  (image ci-dessous). La capacité des ruminants à prélever une grande quantité de fourrage dans une journée dépendra aussi du stade de croissance de la plante.

La quantité d’énergie métabolisable correspond quant à elle à la part d’énergie des plantes qui est utilisable par l’animal. L’énergie restante est non digérée et évacuée dans les fèces ou bien perdue sous forme de gaz par éructation (voir l’article « Systèmes de modélisation de l’alimentation des ruminants »). La digestibilité d’une prairie ainsi que la quantité d’énergie métabolisable qu’elle contient sont influencées par sa composition botanique, mais aussi par l’âge des plantes (et donc l’intervalle entre deux pâturages).

Plus la valeur nutritive d’une prairie est élevée, plus la digestibilité et la quantité d’énergie métabolisable sont élevées, plus la consommation de cette prairie est efficace et meilleure est la production animale.

 Les éléments déterminants de la nutrition des ruminants

Figure 1: Les éléments déterminants de la nutrition des ruminants

Entrée et sortie des animaux :

Heureusement, en dehors de la composition de la prairie, au quotidien si ce n’est pas pour analyser la qualité de la prairie mais pour gérer l’allocation, il existe des moyens plus simples pour cela. Gérer par les résiduels (quantité de biomasse restante après l’action de pâturage) est la méthode la plus simple, et la plus efficace. Que l’on souhaite utiliser un herbomètre, un GrassMaster ou une règle graduée, l’important est de respecter les plantes. L’appétence et la digestibilité se trouvent entre 1200 kgMS / ha et 3000 kgMS / ha. En fonction du cheptel que l’on gère, pour des ateliers ovins la plus grande qualité est entre 2400 kgMS / ha et 1200 kgMS / ha alors que pour les bovins l’idéal est d’entrer dans la parcelle à 3000 kgMS / ha et de sortir à 1500 kgMS / ha.

 * Attention lorsque la quantité de MS / ha est mesurée, il faut tenir compte de la composition et de la densité de la prairie. Nous rédigerons une note technique à ce sujet dans un autre article.

 Règle Hauteur entrée et sortie. Ovin et Bovin. Densité élevée prairie permanente

Figure : Règle entrée et sortie pour une prairie avec une densité élevée composée de graminées (environ 60 %) et légumineuses

Une prairie de qualité est une prairie saine

Nous avons vu dans la partie précédente les facteurs positifs qui participent à la définition d’une prairie de qualité. Il existe cependant des facteurs négatifs, qui peuvent diminuer la qualité d’une prairie : une bonne prairie est donc saine et dépourvue autant que possible de ces facteurs. Ceux-ci peuvent nuire à la croissance ou à la qualité de la prairie, voire même nuire à la santé des animaux.

Pour lire la suite de cette publication technique rendez-vous sur notre nouveau site internet dédiait à toutes nos publications techniques  : www.je-pature.com

HAUT

Powered by themekiller.com anime4online.com animextoon.com apk4phone.com tengag.com moviekillers.com